Le Musée d’Art Moderne de Paris consacre une grande exposition au peintre américain Kerry James Marshall, figure majeure de la peinture contemporaine. Son œuvre place des personnages noirs au cœur de scènes historiques, domestiques et populaires que l’histoire de l’art occidental a longtemps ignorées. Pour vous, lecteur en Guinée ou ailleurs en Afrique de l’Ouest, elle pose une question simple : qui a le droit d’être représenté dans les grands musées ?
Qui est Kerry James Marshall ?
Né en 1955 à Birmingham, en Alabama, en pleine ségrégation raciale, Kerry James Marshall grandit à Watts, quartier de Los Angeles marqué par les émeutes de 1965. Il étudie à l’Otis College of Art and Design, puis s’établit à Chicago, où il vit et travaille.
Constatant que les corps noirs sont presque absents des grands tableaux des musées, il décide de peindre ce qui manquait. Sa reconnaissance internationale s’est construite par étapes :
- la bourse MacArthur, reçue en 1997, l’une des distinctions les plus prestigieuses aux États-Unis ;
- des participations à la documenta de Kassel et à la Biennale de Venise ;
- la rétrospective « Mastry », présentée de 2016 à 2017 à Chicago, New York et Los Angeles ;
- en 2018, la vente de « Past Times » pour environ 21,1 millions de dollars, alors un record pour un artiste afro-américain vivant.
Une peinture qui réécrit l’histoire de l’art
Sa marque la plus visible est la couleur de peau de ses personnages : un noir profond, presque absolu. Ce choix affirme une identité noire sans ambiguïté et refuse les codes qui ont longtemps réduit les personnes noires à des silhouettes secondaires ou caricaturales.
L’artiste s’approprie aussi les formats monumentaux des maîtres européens, réservés aux rois, aux batailles et aux mythes, pour y installer la vie ordinaire : couples dans un parc, familles dans des cités, salon de coiffure, atelier d’artiste.
Quelques séries à connaître
- « A Portrait of the Artist as a Shadow of His Former Self » (1980) : un autoportrait presque entièrement noir, point de départ de sa démarche.
- « Garden Project » : des scènes paisibles dans des cités d’habitat social aux noms champêtres.
- « Souvenir » : des intérieurs rendant hommage aux figures des droits civiques.
Pourquoi cette exposition parisienne compte
Cette étape fait suite à la vaste rétrospective « The Histories », présentée en 2025 par la Royal Academy of Arts de Londres, et confirme la place de Marshall parmi les peintres les plus étudiés de sa génération.
Le lieu est aussi symbolique : le Musée d’Art Moderne de Paris, dans l’aile est du Palais de Tokyo, conserve surtout des avant-gardes européennes du XXe siècle. Y exposer Marshall fait dialoguer ce récit avec un regard longtemps tenu à l’écart.
Pour le public africain, ce débat rejoint celui sur la restitution des biens culturels africains et sur la visibilité des créateurs du continent dans les grandes expositions internationales.
Comment préparer votre visite
Dates, horaires et tarifs pouvant évoluer, vérifiez-les sur le site officiel du musée avant de vous déplacer.
Si vous ne pouvez pas venir à Paris, découvrez l’artiste grâce aux catalogues, aux entretiens filmés publiés par les musées ou aux collections en ligne des institutions américaines.
Questions fréquentes
Pourquoi les personnages de Kerry James Marshall sont-ils si noirs ?
C’est un choix assumé : il affirme une présence noire sans équivoque dans un domaine où elle a longtemps été effacée.
L’exposition est-elle adaptée à un public non spécialiste ?
Oui. Ses scènes quotidiennes sont accessibles à tous, même si les textes de salle ou l’audioguide éclairent leurs références.
Kerry James Marshall a-t-il un lien avec l’Afrique ?
Son œuvre évoque l’histoire de la diaspora africaine aux États-Unis, de l’esclavage aux droits civiques. Elle parle donc directement aux publics africains attentifs à la mémoire de la traite.
Jusqu’à quand l’exposition est-elle visible ?
Consultez le site officiel du musée pour la date de clôture confirmée.
À retenir
Le Musée d’Art Moderne de Paris met à l’honneur un peintre qui a fait entrer la vie noire dans la grande peinture. De passage à Paris, vérifiez les dates et prenez le temps de lire chaque détail des toiles.